Sr Jayanti, directrice adjointe des Brahma Kumaris
Sr Jayanti :
Une des définitions de la liberté que j’apprécie tout particulièrement est celle qu’a donnée un jour Dadi Janki : « La liberté, c’est pouvoir faire tout ce que je sais que je dois faire sans que rien ne m’en empêche, mais aussi ne pas être forcé.e de faire quelque chose que je ne devrais pas faire. »
Lorsque j’ai entendu cela pour la première fois, il m’a fallu un moment pour le digérer. Puis j’ai compris ce qu’elle voulait dire et j’ai réalisé que cela faisait autant référence à ce qui est à l’intérieur de nous qu’aux éventuels obstacles extérieurs.
Parfois, je sais ce que j’aimerais faire, mais je manque de courage, de foi ou de détermination pour passer à l’action. Je suis alors retenu.e par mes propres limitations. Mais il arrive aussi que je me dise : « Je sais que je devrais le faire, mais je ne sais pas ce que les autres en penseront ! » Je me sens alors empêché.e d’agir ou contraint.e dans mon progrès personnel par mes propres faiblesses et par les pressions extérieures que je subis, ou pense subir. À ce moment-là, je suis prise dans des liens, et la liberté consiste précisément à être au-delà de ces liens.
La deuxième partie de cette définition concerne les moments où je me dis que je ne souhaite pas vraiment faire quelque chose, mais que je le fais quand même pour telle ou telle raison. Ou encore lorsque je ne voulais pas agir ainsi, mais que mes émotions étaient tellement fortes que je n’ai pas pu m’en empêcher. En créant ce genre de liens, à la fois intérieurs et extérieurs, nous nous enfermons nous-mêmes dans des situations artificielles. La liberté, c’est être en mesure de gérer tous ces liens.
Une belle définition du pardon
Depuis plusieurs années, mes efforts visent à apprendre à pardonner et à oublier les erreurs des autres, mais aussi à les effacer profondément de ma conscience afin que la personne concernée puisse elle-même oublier son erreur. Ma conscience doit être suffisamment puissante pour que je sois en mesure d’aider l’autre à dépasser et à oublier ses erreurs passées.
Autrement, on sait ce qu’il arrive généralement : chaque fois que cette personne se retrouve en ma présence, le poids de son erreur et sa propre culpabilité viennent gâcher notre relation. Mais si mon cœur est suffisamment généreux pour avoir pardonné et oublié, et si, en plus, je l’aide à oublier elle aussi, nous pouvons reconstruire une relation sur de nouvelles bases.
Le vrai pardon, c’est lorsqu’on ne se souvient plus de l’erreur et que l’on aide l’autre à l’oublier également.
Bénéfices pour celui qui pardonne
Il est très malsain pour l’esprit de conserver des sentiments amers dans son cœur. Cela projette une ombre sur tout ce que l’on fait et altère notre capacité de discernement au point que l’être intérieur, l’âme, en devient malade.
De nombreuses recherches ont été menées sur les effets psychosomatiques de l’esprit sur le corps. Tout sentiment amer figé dans l’esprit ou dans le cœur empoisonne également notre condition physique.
Pour être libre, je dois avancer, passer à autre chose, ne pas rester bloqué.e. L’absence de pardon me maintient attaché.e à des situations passées, ce qui m’empêche de faire ce que je dois faire au moment opportun.
Ce qui est ressorti des récentes manifestations dans la banlieue de Londres, c’est la compassion. Cela illustre bien que la véritable nature de l’âme humaine est la bonté et la bienveillance, et non la violence ou l’agression.
Dès qu’on commence à témoigner du respect aux personnes, leur estime de soi grandit et leur réaction change. Ce sont ces sentiments qu’il faut entretenir, même si cela demande du temps. Lorsqu’on s’adresse à des communautés entières, le respect et la dignité sont des valeurs fondamentales qui, bien souvent, sont absentes de leur quotidien.
D’un point de vue spirituel, si l’on oublie l’être intérieur pour ne s’attacher qu’à l’apparence, on verra naturellement apparaître des différences ou des comparaisons en termes de taille, de couleur ou de condition sociale. Mais dès que je me concentre sur l’entité spirituelle, je découvre mes valeurs intérieures et il n’est alors plus question de compétition, car je sais qui je suis. Conscient.e de ma valeur, je peux me respecter et respecter les autres.
Deux figures du XXe siècle ont changé le cours de l’histoire simplement par leur capacité à pardonner : Nelson Mandela et le Mahatma Gandhi. À ce dernier, on avait demandé : « Que faites-vous face à vos ennemis ? » Il avait répondu : « Je ne considère personne comme mon ennemi. Je vois tout le monde comme mes amis. »
Question du public :
Comment avoir des pensées de pardon et de liberté face aux difficultés économiques et financières qui touchent un nombre croissant de personnes dans le monde ?
Jayanti :
Les questions relatives à l’instabilité des institutions financières et à la corruption reviennent de plus en plus souvent. Tout cela souligne les limites de cette société de consommation qui était persuadée que la croissance était sans fin et qui réalise aujourd’hui qu’elle est en train d’épuiser les ressources de la planète.
Notre vision est devenue très matérialiste et égoïste. Nous voulons sans cesse prendre davantage, mais le problème est que plus nous possédons, plus nous désirons encore. Les âmes ne se sentent jamais satisfaites ; elles ne connaissent pas le contentement.
Ce n’est que par la spiritualité et la méditation que je peux trouver le contentement et la joie intérieure. Si je reste connecté.e à cette plénitude en moi, mon mode de vie peut devenir beaucoup plus simple et je découvre alors quelque chose de bien plus beau et précieux que tout ce que je possédais auparavant.

